Abolir Dieu

Vous avez raison!

De rejeter le Dieu que vous rejetez. Le problème c’est que ce Dieu n’est pas le "bon" Dieu.

Il vous faudrait faire une petite incursion dans les Confessions de Saint Augustin ou dans l’œuvre magistrale de Maurice Zundel pour découvrir que le Dieu que vous rejetez c’est le Dieu de l’homme de Cromagnon, lui qui ne pouvait faire autrement que de voir Dieu dans les forces de la nature qu’il ne pouvait s’expliquer. Dieu était là, il faisait pleuvoir ou il faisait se lever le soleil. Qui pouvait bien être à l’origine de ces phénomènes sinon un être tout puissant et menaçant, Dieu ?

Est-il possible qu’on en soit encore là?

Ou bien en êtes-vous rendu au Dieu de l’ancien Testament? C’est déjà un progrès. Il n’est plus dans les phénomènes mystérieux, mais il est dans un temple et il protège son peuple. Il n’est plus en nombre incalculable, il est unique, mais il est encore menaçant pour ceux qui osent transgresser sa loi. Il y a progrès avec Abraham et Moïse et les autres prophètes. Mais ce Dieu unique est malheureusement beaucoup trop narcissique, il se suffit à lui-même. Il est heureux lui, et nous sommes malheureux. Il est au ciel lui, et nous sommes sur la terre. Il ne souffre pas lui, et nous, nous souffrons. Pourquoi lui, et pas moi?

Or voici qu’apparaît un homme nouveau qui vient nous parler de Dieu d’une façon nouvelle. Un Dieu qui est Père, Fils et Esprit. Un Dieu qui n’est pas seul, qui ne peut pas être seul puisqu’il n’existe que pour se donner. Il est l’autre. Il a besoin de l’autre. Il est totalement don à l’autre. Il ne peut exister sans l’autre Il est l’autre. Le Dieu que Jésus est venu nous présenter c’est le Dieu qui n’a rien, qui ne possède rien. Il n’est que don. Il n’est qu’ Amour. Et l’être humain que je suis, est habité par ce Dieu là. Ce Dieu qui m’oblige à me tourner vers mes frères.

Saint Augustin l’a découvert un jour et il en témoigne dans ses Confessions. "Tard, je t’ai aimée! Beauté si ancienne et toujours nouvelle. Tard je t’ai aimée! Tu étais au-dedans de moi, mais moi j’étais dehors! Et toutes ces choses qui n’existent qu’en toi, elles me retenaient loin de toi.»

Dieu n’est pas là haut, là bas, après! Dieu est ici, maintenant, au dedans de nous-même! Dieu est toujours déjà là. Dieu, c’est l’ Amour, c’est l’ Amour en moi, l’ Amour qui me porte vers les autres, l’ Amour qui est don total sans retour sur soi. Encore une fois se justifie l’émerveillement de Jésus: «Je te rends grâce, ô Père, car ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout petits.» La découverte de Dieu n’est pas le fruit d’un raisonnement intellectuel compliqué, elle est au bout d’un regard sur soi et sur sa capacité d’aimer l’autre.

Jean Jacques Mireault prêtre



(Réponse à l’article paru dans la Presse samedi le 9 octobre 2004: " Abolir Dieu " signé: Sam Harris)





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