Le bonheur est dans le pré

Je rêvais déjà qu’à l’âge de la retraite je me retrouverais dans une paroisse de campagne et la seule que je connaissais à l’époque, c’était St-Gérard Magella en haut de l’Assomption.

Et voilà qu’à l’approche de l’âge de la retraite que j’atteignis en 2001 me voici à Saint-François-de-Sales. Je vous le dis bien simplement, c’est la paroisse idéale pour un curé aujourd’hui. Une belle petite église qui donne toujours l’impression qu’il y a foule. 250 places bien tassées, ça veut dire qu’avec 150 personnes c’est plein, même avec 50 personnes tu es heureux.

Une école primaire que j’avais l’habitude de visiter régulièrement. Avant le départ de l’animatrice de pastorale, je faisais le tour de toute les classes chaque année, et c’était très agréable. Maintenant, plus rien.

Des baptêmes, un dimanche par mois. Quelques funérailles et un cimetière. Peu de mariage. Des Premières Communions en baisse. Les Confirmations aussi.

L’impact est mis sur les célébrations de fin de semaine puisque c’est à ces moments là que l’on peut rencontrer les gens. Un café de l’amitié durant l’hiver et l’été on discute sur le perron de l’église pendant de longues minutes.

Durant la semaine la vie se déroule calmement au rythme de la campagne. Une secrétaire à temps partiel. Pas de sacristain. Quelques bénévoles assurent le ménage de l’église et la préparation des messes de fin de semaine.

Quand le printemps arrive, il faut préparer le jardin, étendre le fumier, passer le rotoculteur, semer les carottes, les concombres, les plants de tomates et les petites fèves. Voilà la vraie vie. C’est le bonheur total. Ce serait le bonheur total, mais il y a quelques mais……

Le mais il est où? A trois niveaux.
Le côté administratif. Une église patrimoniale ou considérée comme telle a besoin d’être entretenue. Les orgues sont à restaurer, les verrières à réparer, les planchers de l’église à améliorer. Et les subventions sont toujours difficiles à obtenir. Voilà un aspect contraignant de nos relations avec le 2000.

Un autre aspect. À la suite de la disparition des animatrices de pastorale, voilà que nous tombe dessus une idée géniale, une RSE par secteur qu’il nous faut payer tout de suite évidemment. On aurait tellement souhaité un temps de repos; un moratoire d’une année pour se tourner de bord.

Une année sans Premières Communions ni Confirmations n’aurait privé personne. Mais non, notre ministère de l’éducation en a décidé autrement en consultant qui? Je ne sais.

Un 3e mais, c’est la solitude bien sûr. Le premier hiver passé à Saint-François-de-Sales fut pour moi long et pénible. Quand on est à Saint-François tout est loin. Le premier dépanneur est loin, les premiers voisins sont loin et l’Archevêché est encore plus loin. La preuve que c’est loin, c’est que je suis convaincu que la plupart des prêtres ici présents et oeuvrant à Laval ne sont jamais venus à Saint-François-de-Sales, malgré une invitation formelle pour les Fêtes de notre 300e anniversaire. Un seul curé à pris la peine de répondre non et les autres sont restés indifférents à nos Fêtes. Chacun est tellement pris par son travail qu’on en oublie qu’on a des voisins.

Pour moi une chance qu’il y a des réunions de secteur, elles me permettent de rencontrer mes voisins immédiats, et les rencontres du caucus régional me permettent de savoir un peu ce qui se passe dans les autres milieux de la région et d’avoir des nouvelles de la centrale. À l’occasion de votre visite lors de nos fêtes, j’avais prévu un petit cadeau pour chaque confrère visiteur. Mais vous n’êtes pas venu. Mais comme je suis gentil, je vous ai apporté quand même votre cadeau.


(témoignage lors d’une rencontre des prêtres de la Région de Laval)





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